Philippe Ménard a-t-il du nez ?
À bien des égards, il ressemble à Cyrano de Bergerac. Vif et inventif, il a « décidé d’être admirable en tout, pour tout ». Posture aristocratique certes, mais aux couleurs de l’élégance. Fantaisiste et spirituelle, joyeuse et extravagante, son oeuvre est un pied de nez à la médiocrité, la laideur et la morbidité de ce temps. Comme par bravade, elle tourne le dos aux canons et aux conventions d’un art contemporain parfois si complaisant, à ce point subversif qu’il en devient ennuyeux, insignifiant et même ridicule. Son oeuvre est un pic. Philippe Ménard est un classique : il s’inscrit dans la tradition, dans l’ordre naturel. Sa création est un roc. Miroir de sa personnalité, elle a le verbe haut, la parole aisée et ne renonce à aucun bon mot ni à aucun trait d’esprit. Elle transcende l’humaine condition et illustre le paradoxe de la terre qui défie les lois de l’apesanteur. Perchés sur des soupières ou des épis de faîtage, sans doute pour oublier la pesanteur de leur vie microcosmique, ses personnages ne rêvent-ils pas de duels, de voyages dans la lune et ne s’esbaudissent-ils pas comme Roxane à la lecture de lettres d’amour : « Loin de ce monde obscur, vulgaire et mensonger, Il existe un pays pour les coeurs infinis. Loin de ce monde violent et tortueux, Il existe un pays pour les amants heureux. » Philippe Ménard habille sa création avec pudeur. En quête d’absolu, malgré les déboires, il se bat contre des moulins qui parfois le propulsent dans la boue, qu’en bon potier il transforme en or, ultime scintillement des étoiles. Son oeuvre est un cap. Il ne se « bat pas dans l’espoir unique du succès car c’est bien plus beau quand c’est inutile. » À l’image de son art, ce potier a du panache.
Nicolas Gaine